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Les positions d’Alter-Psy - Janvier 2018

 

Introduction

La charte de l’ASBL Alter-Psy constitue la déclaration des principes généraux de l’association, le texte de référence auxquels chaque membre adhère et qu’il s’engage à respecter, développer et promouvoir.

La réflexion continue fait partie intégrante des objectifs de l’association. Cette réflexion collective et permanente vise à affiner peu à peu les concepts et définitions de ce qu’est, pour Alter-Psy, la psychothérapie sur le plan du métier et de sa place dans la société.

Le texte de référence se voit ainsi enrichi et complété au fur et à mesure de la vie de notre association. Cette actualisation permet aux membres de réaffirmer chaque année leur adhésion au collectif et à ses objectifs pour dès lors assurer une vision commune partagée par tous.

Chaque actualisation est un pas supplémentaire dans la définition du métier de psychothérapeute tel que nous souhaitons le construire. Ces actualisations permettent aux membres d’affirmer de plus en plus clairement les positions de l’association et de les communiquer vers le public.

Nous savons que réfléchir la psychothérapie est par nature une recherche constante, un mouvement permanent et qu’il ne s’agit pas d’arrêter une description définitive mais d’encourager une curiosité saine et essentielle.

L’idée est d’aider les membres de l’association et par conséquent le public à comprendre ce qui distingue notre travail de celui proposé par le dispositif paramédical mis en place par le gouvernement et de ce qu’il sous-tend au niveau sociétal.

Ces précisions visent à affiner l’identité professionnelle que nous voulons construire et défendre.

Le statut de membre Alter-Psy est ainsi conditionné chaque année à un nouvel engagement qui tient compte de ces actualisations.

La première année d’existence de l’ASBL Alter-Psy (année 2017) fût riche en actions diverses.
Sur le plan de l’actualisation des positions, deux axes ont particulièrement été abordés :

  • La question du champ dans lequel se situe la psychothérapie.
  • L’opportunité de réglementer la psychothérapie.

1° Notre métier : domaine de la santé ou pas ?

Rappelons tout d’abord que la loi de 2016 supprime purement et simplement le métier de psychothérapeute, consacré sous la loi Muylle de 2014, et considère que la psychothérapie est désormais un acte technique que seules des personnes autorisées peuvent poser. La profession de psychothérapeute est donc à nouveau à construire (même si elle devait s’appeler différemment à l’avenir).

Alter-Psy défend l’idée que le métier de psychothérapeute doit exister comme une profession autonome et indépendante. Cette profession est aujourd’hui mentionnée et définie par l’ESCO (organisme européen qui répertorie les professions).

« Psychotherapists do not have academic degrees in psychology or a medical qualification in psychiatry. It is an independent occupation from psychology, psychiatry, and counselling. (https://ec.europa.eu/esco/portal/occupation) »

La ligne de défense juridique développée par Alter-Psy a, notamment, été de présenter le métier de psychothérapeute comme faisant partie des métiers d’aide aux personnes et relevant davantage des sciences humaines et sociales que de la santé.

L’aspect stratégique de cette position était surtout d’éviter de cadrer exclusivement notre métier dans un champ bio-médical et paramédical. Ceci a eu pour effet d’amener certains à penser que nous voulions nous situer ailleurs (au dehors) du champ de la santé.

L’ambigüité vient du fait que, dans la pensée dominante, ce qui concerne la « santé » appartient d’une manière ou d’une autre, toujours au champ médical. Nous n’acceptons pas cette réduction.

Ce n’est pas parce que la médecine s’occupe exclusivement de santé que la santé est exclusivement affaire de médecine. C’est encore plus évident quand on parle de « santé mentale ».

Nous pouvons - à l’instar de Freud en 1925 déjà lorsqu’il défendait l’idée d’une psychanalyse « laïque » - considérer que ce qu’il en dit pour la psychanalyse est tout aussi exact pour ce que nous appelons « la thérapie par la rencontre » ou « psychothérapie laïque ».

 « En première ligne, il faut considérer que le médecin, dans les facultés, reçoit une instruction qui est à peu près le contraire de ce qu’il faudrait comme préparation à la psychanalyse. Son attention y est dirigée vers des faits objectifs démontrables, d’ordre anatomique, physique, chimique, de la vraie compréhension et du juste maniement desquels le succès de l’action médicale dépend. Le problème de la vie y est ramené à ce point de vue, du moins autant qu’il est possible d’expliquer jusqu’à ce jour ce problème d’après le jeu des forces démontrables aussi dans la nature inorganique  ». (S.Freud – 1925)

Dans sa charte, Alter-Psy présente (en accord et au-delà de la définition faite par l’OMS) sa vision de la santé mentale comme un mouvement constant, une recherche d’équilibre entre différents aspects de la vie : physique, mental, social et spirituel. Il est important de spécifier que la santé mentale est plus que l’absence de maladie, elle est influencée par les conditions de vie, les valeurs collectives dominantes ainsi que les valeurs propres à chaque personne. Elle est donc à la fois une responsabilité collective et individuelle. Dès lors, elle comprend un ensemble d’activités mis en œuvre par des professionnels de différents champs (santé, sciences humaines et sociales).

Pour affiner la position d’Alter-Psy sur ce plan, nous souhaitons préciser que nous refusons l’hégémonie d’un corps professionnel sur les autres.

Nous n’acceptons pas que la pratique du métier de psychothérapeute soit soumise à une pensée unique et exclusive. Dans ce sens, nous considérons les apports des différents prismes de compréhension de l’humain comme pertinents et non hiérarchisés.

Nous considérons que la psychothérapie s’enrichit tout autant du champ médical et paramédical que de celui des sciences humaines et sociales. C’est pourquoi nous rejoignons la définition de l’ESCO et celle de la déclaration de Strasbourg.

La psychothérapie est une discipline spécifique, du domaine des sciences humaines, dont l’exercice représente une profession libre et autonome.

Alter-Psy refuse que le médical prenne le dessus sur les dimensions liées aux sciences humaines. La question n’est pas tant d’établir si nos pratiques relèvent du domaine de la santé ou non (y compris la santé mentale, la santé sociale, etc...), mais bien d’affirmer que le médical n’a pas l’apanage exclusif de la santé et que la santé ne peut être abordée par le seul prisme de la médecine.

A fortiori, nous ne sommes pas en accord avec une vision hiérarchique de la santé, où la médecine chapeauterait toutes les autres pratiques de l’humain. Dans ce cas de figure, notre place dépendrait de la plus ou moins grande « ouverture » du médical à d’autres approches, nous ne serions pas une profession autonome, mais bien « paramédicale » et donc soumise à la médecine.

Nous refusons la hiérarchisation des métiers de l’humain, nous revendiquons plutôt l’horizontalité et la complémentarité... Voire une coexistence libre et autonome.

2° Concernant la règlementation du métier de psychothérapeute.

Alter-Psy ne s’oppose pas par principe à une réglementation lorsqu’elle vise à réparer ou compléter une situation insatisfaisante pour la société et l’ensemble des citoyens. C’est l’intérêt et le sens réel de toute loi en démocratie.

Cependant, lorsqu’elle vise à privilégier un groupe et des intérêts corporatistes ou privés, une loi ne peut être que néfaste aux principes et valeurs défendus par Alter-Psy.

Nous pensons que dans son état actuel, la loi relative à la santé mentale dénature la psychothérapie, la réduit et la menace en privilégiant des intérêts corporatistes et économiques spécifiques.

Nous ne comprenons pas en conséquence la nécessité positive de légiférer de la sorte.

Les arguments principaux soutenus par le législateur pour défendre la nécessité de réglementer le métier sont les suivants :

  • Protéger le citoyen des abus et lui offrir une aide de qualité.
  • Assurer une formation suffisante aux praticiens.

Quels abus, qui ne seraient pas déjà sanctionnés, cette nouvelle loi prévoit-elle de punir ? Les « abus » brandis comme risques pour la population sont déjà encadrés pénalement.

Le législateur prétend que pour qu’un contrôle soit possible il faut que les praticiens soient soumis à une autorité que seules les professions médicales et paramédicales offrent.

Ce n’est évidemment pas le cas (cf. les comptables, les avocats etc.). Il serait donc tout à fait possible, au besoin à préciser, de renforcer un cadre de sanctions pour les psychothérapeutes qui ne respecteraient pas les droits de leurs clients/patients.

Le second argument du législateur concerne la formation. Il est présupposé que les académies universitaires offrent davantage de garanties de qualité et de sécurité que les écoles privées formant des psychothérapeutes jusqu’ici.

Pourtant, aucune étude rigoureuse n’a pu démontrer à ce jour la supériorité d’une approche sur les autres. Au contraire, la formation à la psychothérapie porte sur des savoirs et des savoirs-faire, mais également sur le développement de savoir-être, peu compatible avec une logique d’enseignement. C’est pourtant ce que la loi revendique.

C’est pourquoi nous estimons que les exigences en termes de formation, d’éthique et de déontologie promues par l’EAP offre un cadre sécurisant pour le public d’un niveau supérieur à ce que peuvent offrir les universités.

« Permettez-moi de donner au mot « charlatan » le sens auquel il a droit au lieu de son sens légal. Pour la loi est un « charlatan » quiconque soigne des malades sans pouvoir produire un diplôme médical d’État. Je préférerais une autre définition : charlatan est celui qui entreprend un traitement sans posséder les connaissances et capacités nécessaires. Me basant sur cette définition, j’oserai prétendre que - et ceci pas seulement en Europe - les médecins fournissent à l’analyse un contingent considérable de charlatans. Ils exercent souvent l’analyse sans l’avoir apprise et sans y rien comprendre ». (S. Freud - 1925).

Ce qui importe pour Alter-Psy c’est de défendre les valeurs humanistes qui sous-tendent notre pratique et d’opter pour les modalités qui le permettront de la meilleure façon.

Or, l’évolution actuelle des réglementations publiques démontre à quel point elles sont soumises aux impératifs du néolibéralisme ambiant et à ses corollaires : efficience, management, évaluation, standardisation des bonnes pratiques, etc. Ceci nous semble incompatible avec la capacité d’exercer notre pratique telle que nous l’entendons, sans qu’elle ne soit soumise aux aléas des initiatives des gouvernements qui se succèdent.

Par conséquent, il nous semble opportun de nous interroger sur le bienfondé de légiférer sur la psychothérapie aujourd’hui, au point de privilégier actuellement le fait que notre métier ne figure pas dans une loi.

Nous reconnaissons les associations professionnelles dans leur efforts d’auto-organisation et d’auto-détermination comme elles le font depuis près d’un siècle.

Toutefois, si loi il doit y avoir, nous devons faire entendre les valeurs qui sous-tendent la psychothérapie et rechercher le moyen de porter un processus d’élaboration d’une loi basée sur des valeurs humanistes, qui prône la coexistence des différents courants et professions et un esprit de collaboration.

Publié le 23/01/2018